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Jean-Pierre Bemba détenu à La Haye par la Cour pénale internationale – AFP - 03 juil. 08 - 15h07 LA HAYE, 3 juil 2008 - L'opposant congolais
Jean-Pierre Bemba, suspecté de crimes de guerre en Centrafrique et interpellé fin mai en Belgique, a été
jeudi transféré au centre de détention de la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye.
"M. Bemba est arrivé
sur le territoire des Pays-Bas", a déclaré le procureur Luis Moreno-Ocampo en marge d'une cérémonie célébrant le dixième anniversaire du
Statut de Rome qui régit la CPI.
"Il est arrivé à
12h45 (10H45 GMT, nldr) au quartier pénitentiaire de la Cour", a précisé le greffe dans un communiqué.
Ancien chef rebelle, et vice-président de la République démocratique du Congo (RDC) durant
la transition politique dans ce pays d'Afrique centrale, M. Bemba est poursuivi par le procureur de la CPI pour cinq chefs
d'accusation de crimes de guerre et trois de crimes contre l'humanité.
Il est notamment soupçonné
de viols, tortues, traitements dégradants, pillages et de meurtres, commis par ses hommes en Centrafrique en 2002 et
2003.
Jean-Pierre Bemba, qui vivait en exil depuis un an entre le Portugal et la Belgique, avait été interpellé le 24 mai à Bruxelles. Il était depuis
lors en détention préventive à la prison de Saint-Gilles, en périphérie bruxelloise.
"C'est un grand moment pour ceux en Centrafrique, à Bangui, qui ont horriblement souffert il y a quelques
années", a déclaré Richard Dicker, en charge de la justice internationale au sein de l'ONG Human
Rights Watch.
"Il est impératif que le procureur se penche sur les crimes attribués à
Bemba en République démocratique du Congo et qu'il enquête
sur les chaînes de commandement, en y incluant ceux qui font partie de l'actuel gouvernement congolais", a-t-il
poursuivi, ajoutant qu'il "espère d'autres mandats d'arrêt" dans ce cadre.
Commentant
le départ de son client pour La Haye, l'avocat de Jean-Pierre Bemba, Me Aimé Kilolo Musamba a estimé
que cela "nous donne l'occasion de nous rendre à La Haye et de présenter les éléments
de défense dont nous disposons et qui permettront d'établir qu'en aucune manière la responsabilité
pénale de M. Bemba ne peut être retenue dans cette affaire".
RDC: fragilisé, le MLC doit inventer l'opposition à Kabila sans
Bemba –
AFP - 27 mai. 08 - 09h12
KINSHASA, 27 mai 2008 (AFP) - Privé de son chef charismatique Jean-Pierre Bemba, arrêté
sur mandat de la Cour pénale internationale (CPI), le Mouvement de libération du Congo (MLC) doit de réorganiser
rapidement s'il veut conserver la tête d'une opposition crédible en République démocratique
du Congo (RDC).
"Bemba représentait l'opposant, le seul rival de taille (du président de RDC) Joseph
Kabila. Si le MLC est incapable de se relever de sa décapitation, il offrira un boulevard au pouvoir", estime
un observateur de la vie politique congolaise.
Le premier réflexe du principal
parti d'opposition du pays a été de serrer les rangs autour du chef disparu, en dénonçant
l'épreuve "injuste" imposée au sénateur Bemba, arrêté samedi à Bruxelles
sur mandat de la CPI.
L'ex-vice-président de RDC est poursuivi pour crimes
de guerre et crimes contre l'humanité, notamment des viols et actes de tortures, commis par ses hommes en Centrafrique
en 2002 et 2003.
Le MLC a dénoncé dès dimanche la "politisation"
de la CPI, l'accusant de faire le jeu du pouvoir en retirant de l'échiquier congolais la pièce maîtresse
de l'opposition.
Mais depuis des semaines, les différents groupes parlementaires
d'opposition se disputent sur les termes d'un règlement intérieur, dont l'adoption est un préalable
à la désignation d'un porte-parole, conformément à la loi de décembre 2007 sur le statut
de l'opposition politique en RDC.
"Bemba reste notre candidat au poste
de porte-parole", affirme François Muamba, secrétaire général du MLC et numéro un
par intérim.
L'adversaire malheureux de Kabila à la présidentielle
de 2006, exilé depuis le désarmement forcé de sa garde rapprochée à Kinshasa au printemps
2007, préparait son retour. Il était était donné gagnant, le MLC se prévalant de plus de
la moitié des quelque 145 députés et sénateurs d'opposition.
"On
sait que la donne a changé, mais le plus important est dans un premier temps d'apparaître soudés.
On doit ménager les ambitieux qui voudraient vite tourner la page Bemba et les durs qui voudraient mettre le pays dans
la rue", explique un cadre du MLC sous couvert d'anomymat.
Lundi, des milliers
de partisans ont marché dans les rues de Mbandaka, capitale de l'Equateur (nord-ouest, fief de Bemba), pour exiger
la libération de leur leader. Mardi matin, le MLC appelle à un rassemblement "pacifique" à
Kinshasa, en signe de solidarité avec le chef emprisonné.
A Kinshasa,
le gouvernement a sobrement "pris note" de l'arrestation de l'ancien vice-président, tandis que les
petits partis d'opposition, qui contestaient jusqu'alors l'hégémonie du MLC, ont adopté un
ton prudent.
"C'est comme au Moyen-âge, les seigneurs se font la
guerre, mais quand l'un d'entre eux est durement touché, on fait une trêve. Nous avons des questions
sérieuses à régler pour organiser l'opposition, nous allons prendre le temps d'en discuter avec
les amis du MLC", explique le député Gilbert Kiakwama.
Au MLC,
les cadres sont conscients des risques d'une guerre de succession aux accents tribalistes: "François Muamba
est assez légitime, mais il est du Kasaï. José Makila est de l'Equateur (comme Bemba dont il est parent)
mais il est colérique et peu diplomate", soupire déjà l'un d'eux.
Malgré leur amertume, certains jeunes militants estiment que l'arrestation de Bemba peut être
une chance pour l'ex-rébellion MLC, muée en parti politique en 2003 après la fin de la dernière
guerre en RDC, de tourner enfin la page de sa jeunesse.
Le MLC "tourne depuis
un an sans Bemba. Il survivra. Mais ceux qui (au pouvoir) sabrent le champagne feraient bien d'être prudents",
estime un journaliste pro-MLC, "parce que cette histoire montre bien que personne n'est à l'abri".
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